Mascarade

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mardi 14 août 2007

Quand M. Santini prend quelques libertés avec les chiffres et la réalité

Une antienne bien connue : les fonctionnaires sont trop nombreux en France, c'est un scandale, etc. André Santini, secrétaire d'état chargé de la fonction publique ne déroge pas à la règle, sur RTL, dont on peut prendre connaissance de certains propos dans une dépêche AFP reprise à plusieurs endroits : Yahoo, Le Monde.

Où l'on apprend que M. Santini, très précis et très honnête dans sa présentation de la situation, trouve anormal que

24 % de la population active soit fonctionnaire. C'est le record mondial. ... C'est pas normal que les fonctionnaires aujourd'hui soient mal payés, et que l'Etat soit un mauvais employeur. Il ne les choisit pas, il ne les affecte pas comme ils veulent.

Que disent les chiffres ?

Est-ce un record mondial ? Et bien non, comme le montre O. Boulga-Olga. Il faut d'abord préciser que les 5 179 900 cités ne sont pas tous fonctionnaires. Ce total correspondant au nombre d'agents publics, qui inclut les titulaires (fonctionnaires statutaires) et non titulaires (contractuels, vacataires, etc.). Un calcul très simple donne un pourcentage de d'agents publics par rapport à la population active de 18,74%. Un 2ème calcul, par rapport à l'emploi total en 2005 donne 20,82%, en arrondissant à 21%, on reste encore loin des 24%.

Quel est la marge de manoeuvre de l'Etat ?

Rappelons tout de même qu'il existe trois fonctions publiques distinctes :

  • la fonction publique d'Etat, qui dépend directement de ce dernier (49% des effectifs environ)
  • la fonction publique territoriale. Les agents publics de cette "catégorie" dépendant des collectivités territoriales (environ 31%)
  • la fonction publique hospitalière (environ 20%)

Si l'Etat gère directement sa fonction publique et si le statut général des fonctionnaires est commun , il n'en reste pas moins, par exemple, que les collectivités territoriales (régions, départements, mairie, etc.) ont la maîtrise complète de leur personnel. On pourra toujours objecter que l'Etat peut faire pression par les crédits versés aux collectivités (compensation des transferts de compétence), mais il n'exerce plus de tutelle sur celles-ci. Les concours et recrutements en territoriale sont gérés par les collectivités elles-même, les centres de gestion locaux et le CNFPT (centre national de la fonction publique territoriale). Pour l'hospitalière, je renvoie aux connaisseurs.

Dire que l'Etat ne choisit pas et n'affecte pas les fonctionnaires comme ils veulent, en faisant référence aux 24% cités juste avant (au delà de la tromperie sur le chiffre) démontre au mieux une méconnaissance de ce que l'Etat gère et ne gère pas, au pire une déformation de la réalité. L'Etat gère environ 2 500 000 agents publics dont les modes de recrutement diffèrent selon les corps, les statuts, les ministères, etc.

Rappelons que parmi les collectivités territoriales, on retrouve nos 36 000 communes, les conseils régionaux, généraux, les communautés urbaines, autant d'employeurs potentiels (même si évidemment, les plus petites communes n'emploient pas nécessairement de personnels en tant que tel).

Généralités trompeuses

La gestion de la mobilité et du recrutement dans la fonction publique de l'Etat n'a rien à voir avec celle de la territoriale et probablement pas l'hospitalière (je ne connais pas bien cette dernière, là encore, je renvoie aux connaisseurs).

En ce qui concerne le salaire, tout le monde n'est évidemment pas logé à la même enseigne. Le salaire d'un fonctionnaire statutaire est composée d'une partie indiciaire (sur un nombre de points, d'une valeur fixe) et indemnitaire (les primes). Tous les fonctionnaires d'Etat d'un même corps, à ancienneté égale percoivent le même salaire indiciaire (même indice). La part qui varie parfois beaucoup est la partie indemnitaire et là, des disparités importantes apparaissent, que ce soit d'un ministère à l'autre ou entre collectivités territoriales (ce qui est plus logique, puisque les collectivités ne sont pas de taille égale et qu'elles sont indépendantes les unes des autres, donc autant d'employeurs potentiels).

En clair, mélanger les fonctions publiques, les autorités de tutelle de ces 3 fonctions publiques et les chiffres, le tout dans un gros tas de spaghettis pour mieux embrouiller l'auditeur dans ce cas précis, est un exemple typique de mauvaise foi et de semi vérité politicienne.

En bref

Rien de nouveau sous le soleil sinon qu'il se confirme que les responsables politiques sont souvent soit incompétents, soit manipulateurs (on dit communiquant aujourd'hui). Voire peut-être même les deux, ce qui fait un coktail détonnant. Quand on aborde un sujet technique, de chiffres et de droit, il faut être précis, éviter de débiter des généralités trompeuses (et je conviens volontiers que je ne présente qu'une fraction de ce qu'il est possible de dire sur le sujet).

Pour aller plus loin

D'autres ont réagi en trouvant les mêmes absurdités que moi dans le discours de Santini :

Notes

[1] On pourra aller plus loin en allant regarder les définitions de la population active, qui diffère selon les organismes.

[2] Doit-on déduire de ce chiffre que les chômeurs sont presque 3 millions ? ok, c'est gratuit mais les chiffres doivent questionner.

mardi 13 février 2007

La règle de l'équité

"J'ai une question à vous poser", l'émission sondogène de TF1, avec de vrais gens absolument pas briefés, un échantillon représentatif de la population française, participe à l'éthique professionnelle de la chaîne et au vrai respect des règles d'équité quant au temps de parole des candidats. Pour preuve, le programme des émissions déjà diffusées :

  • 5 février, Nicolas Sarkozy, une émission entière pour lui tout seul, 2 heures (de mémoire) au total
  • 12 février, 4 candidats pour la même soirée : Le Pen, Buffet, Villiers et Besancenot.

Ségolène Royal et François Bayrou auront, semble-t-il, une émission complète chacun. Le calcul est vite fait. Mais TF1 doit avoir une autre façon de calculer l'égalité du temps de parole des candidats.

jeudi 8 février 2007

Question d'image

Restons les pieds sur terre en ce qui concerne les profondes convictions d'un certain nombre de grands patrons (grands pour grandes entreprises, quant à la compétence, c'est une autre histoire).

L'indignation de certains patrons et experts face à l'indécence des salaires du CAC 40 n'est pas motivée par une réelle prise de conscience que l'on nage en plein délire (et je ne parle même pas des salaires des footeux, des pilotes de F1, des animateurs TV à la petite semaine, des chroniqueurs de 5 minutes par jour, etc.).

Lu sur Le Monde :

Ces "parachutes dorés" sont de plus en plus critiqués. Par les patrons en privé. "On ne doit pas avoir de pactole pour partir", indique ainsi l'un d'eux. "L'effet sur l'image des patrons est désastreux et renforce les réserves des Français face à l'économie de marché", juge Geoffroy Roux de Bézieux, président de Croissance Plus. Pour l'association patronale, les indemnités doivent correspondre à une performance et à un risque.

On pouvait naïvement penser que certains culpabilisent un tout peu quand ils regardent le montant de leur compte en banque. Perdu. Plus prosaïquement, il s'agit d'une question d'image et d'affichage, pour bien montrer aux français (ces veaux qui n'ont rien compris) que le capitalisme (et donc la liberté de gagner plus sur le dos de ceux qui travaillent plus pourrait penser discrètement en se rasant le petit Nicolas), c'est formidable.

mardi 6 février 2007

Et Mascarade ?

Mascarade, en respirant/inspirant, en croisant les doigts de pied et en tournant 7 fois la langue dans ma bouche (plus une par acquis de conscience), c'est ce que m'inspire la vie publique, médiatique, politique, économique, pseudo-artistiquen, VIPitique (et plein d'autres mots en ique) dans nos contrées favorisées. Ca m'énerve, et comme me payer une séance psy par semaine à 50€ revient cher, je l'ouvre.

C'est juste un blog de plus, un défouloir, une tour d'observation et pas une tentative d'obtenir un quart d'heure warholien. Je n'ai pas la verve de certains, la plume qui tombe façon enclume dans la gueule (Grosse Fatigue est mon maître) et je me fous royalement de ne pas être dans les blogs qui comptent (pour qui ?). Je l'ouvre.

Du vent, des écrans de fumée, du pipotage, des défilés d'hypocrites et de lèches-cul, des manipulateurs, des journalistes décervelés, etc. Rien qu'en commençant cette liste, j'ai la moutarde qui me monte au nez. Alors je l'ouvre.

Mikeul